« Habiter le vivant, c’est s’intéresser aux autres »

Autour d’une rencontre au ton alarmiste sur le thème « Habiter le vivant », Mathieu Duperrex, professeur anthropologue à la faculté d’Aix Marseille, et Maxime Blondeau, auteur et professeur à Science Po, ont partagé leur savoir avec le public du chapiteau Amerigo, sur des sujets cruciaux pour les futures générations. 

Ils ne se connaissaient pas mais se complètent parfaitement. L’échange entre Mathieu Duperrex et Maxime Blondeau a captivé la salle, un engouement mesuré à l’applaudimètre au moment de donner la parole au public. L’un novice, l’autre expérimenté, les deux chercheurs ont pris soin de ne laisser personne sur le bord de la route, s’exprimant avec un vocabulaire simple et intelligible pour les collégiens et lycéens présents dans l’assemblée. Mathieu Duperrex commençait par définir la zone critique : « On habite la zone critique c’est-à-dire cette pellicule bio géochimique entre le soleil et le noyau terrestre. Dans cette pellicule le vivant a éclos, s’est inventé. L’humain est un tout petit segment de cette invention ». Maxime Blondeau rebondissait avec cette formule si bien trouvée : « La géographie c’est la volonté d’écrire la Terre ». Il poursuivait sur sa définition d’habiter le vivant, jouant avec les mots tel un équilibriste sous son chapiteau. « Nous vivons dans le vivant et il est très important de le comprendre. Le vivant c’est une arborescence, une mise en relation, un lieu, une dynamique ». 

Intercepté en vol par son collègue, il n’eut pas le temps de faire un bref rappel scolaire aux lycéens sur l’Anthropocène. Mathieu Duperrex s’en chargea pour le grand plaisir des étudiants. Il ajouta sa touche personnelle, beaucoup moins joviale cela dit : « Aujourd’hui la biomasse (l’ensemble des êtres vivants) pèse moins lourd que tous les artefacts créés par les Hommes » ce qu’il appelle « la pesée de l’Anthropocène ». Il poursuit : « En 30 ans, 70% de la biomasse des insectes en Europe a disparu, cela concerne 95% des insectes en Amérique du Sud ». 

En dignes héritiers de « l’espace vécu » théorisé par Armand Frémont, les deux chercheurs ont livré les clés de notre rapport au monde, d’hier à demain. Une réflexion d’autant plus vertigineuse qu’elle se heurte à une réalité implacable, celle d’une empreinte humaine qui ne cesse de s’étendre, alors que la voracité de l’étalement urbain mondial engloutit, chaque jour, une surface équivalente à celle de la ville de Paris.