À l’IUT de Saint-Dié-des-Vosges, une conférence a remis en cause les fragilités de la démocratie européenne à travers les élections présidentielles roumaines de 2024. Entre annulation de scrutin et manipulation par les réseaux sociaux numériques, alerte sur la vulnérabilité du libre arbitre face aux stratégies d’influence numérique.
Le prérequis démocratique européen
Jean-Christophe Barbato, professeur de droit, a ouvert la table ronde en rappelant un des fondements de l’Union Européenne : l’adhésion dépend du respect des valeurs démocratiques, notamment les libertés individuelles et fondamentales. Mais comment expliquer l’entrée de pays ne disposant pas d’un solide héritage démocratique ? Avec une formule choc – “Tout le monde veut la paix, mais le maréchal Pétain aussi voulait la paix” – Jean-Christophe Barbato a souligné que la volonté de paix ne suffit pas à garantir la stabilité des institutions.
Le coup de théâtre roumain
C’est sur cette contextualisation que le professeur Razvan Dinca a plongé le public au cœur de la crise électorale roumaine de 2024. La mettant en scène avec humour, il a décrit l’instant précis où, alors qu’il a voté huit minutes plus tôt, l’annonce de l’annulation du second tour a retenti. La raison ? L’utilisation de financements non transparents pour déclencher des campagnes digitales sur les réseaux sociaux numériques et empêcher l’exercice libre du droit de vote, principe fondamental de la démocratie.
Après l’interdiction à concourir pour la députée d’extrême droite Diana Iovanovici-Șoșoacă, c’est au tour de Călin Georgescu, autre candidat d’extrême droite, d’être écarté de la course.
Son tort ? Avoir exploité les algorithmes pour influencer massivement l’électorat. En ciblant finement les profils des individus, il a envoyé des messages contradictoires mais sur-mesure : des arguments anti-russes aux uns, pro-russes aux autres, anti-démocratiques pour les uns et ainsi de suite, le tout provenant d’une même personne : lui. Une manipulation invisible qui a bouleversé le processus démocratique.
Sommes-nous tous manipulables ?
Au-delà de l’anecdote roumaine, c’est une question universelle qui a clos la conférence : sommes-nous tous manipulables ? Dans une société où les réseaux sociaux sont devenus des agents politiques majeurs, notre protection face à ces pouvoirs néfastes est-elle assurée ?
Le professeur Dinca a rappelé que les biais psychologiques humains nous rendent réticents à admettre notre propre vulnérabilité. Paradoxalement, ce déni nous expose davantage : il est plus facile de nous atteindre et extrêmement difficile de se défaire de discours une fois intériorisés. Une réflexion importante à l’approche des prochaines élections présidentielles françaises, qui demande une vigilance sur les principes démocratiques et leurs nouveaux enjeux numériques.




