Marie-Hélène Lafon : quand la langue devient paysage

Ce samedi 3 octobre à 17 h 30, l’espace Georges-Sadoul a accueilli l’un des temps forts du Festival : un grand entretien avec Marie-Hélène Lafon. Autrice du récent Hors champs et lauréate du prix Goncourt, elle a livré une réflexion poignante sur son rapport à la terre, à la paysannerie et à la langue française, qu’elle considère comme son véritable pays.

« La langue, c’est le pays que j’habite »

C’est avec une syntaxe parfaite et une habileté verbale remarquable que Marie-Hélène Lafon a captivé l’auditoire dès les premiers mots. « La langue, c’est le pays que j’habite », a-t-elle déclaré, résumant ainsi son identité d’écrivaine. Pour elle, le champ lexical du « pays » est indissociable : pays, paysages, paysans, paysannes constituent le cœur de son œuvre. Cette fascination est née tôt, lors de la découverte de ce qu’elle nomme la ‘grammaire originelle du monde’.

Elle a évoqué avec émotion son enfance dans la vallée de la Santoire, au Cantal, “dans des petits villages où les humains partent mais les paysages tiennent”. Décrivant la fin de la rivière au bout du pré de ses parents comme le début du monde, elle a peint le portrait d’une famille restée ancrée près des terres, des prés et des fermes.

Une lecture à voix nue

Après avoir replacé son environnement de naissance, Marie-Hélène Lafon a présenté Paysannes, un livre de photographies d’Alexis Vettoretti accompagné de ses textes. Ce moment a marqué un sommet d’intensité dans la salle : dès qu’elle a commencé à lire, le silence s’est fait absolu. Sa voix, articulée, maîtrisée, mais surtout sincère, profonde et dévêtue de tout artifice, a suspendu le temps, laissant les mâchoires tomber.

Hors champs : un chantier textuel familial

La seconde partie de l’entretien a été consacrée à son dernier roman, Hors champs. Décrit par l’autrice comme un assemblage de petits ‘chantiers textuels’, l’ouvrage explore ce qui lui est fondamental : l’histoire familiale au sein d’un milieu paysan. La lecture d’extraits a provoqué une nouvelle montée d’applaudissements.

Lors des échanges avec la salle, les questions ont fusé sur son amour des mots et sa méthodologie d’écriture. Mais au-delà des interrogations techniques, une seule attente dominait : celle de pouvoir rencontrer l’autrice individuellement pour faire dédicacer ce roman qui célèbre, une fois de plus, la force des racines et la beauté du langage.