Pendant plus d’une heure, Khalil Tafakji, cartographe palestinien a expliqué son travail en Cisjordanie sur fond de conflit israélo-palestinien. Pierre Haski, auteur de « La fin du monde », et Delphine Papin, docteure en géopolitique et cartographe, ont complété ses propos en ajoutant des précisions politiques et géographiques. Ils se sont entretenus dans la cathédrale devant cinq cents personnes, rappelant que les accords d’Oslo de 1993 peuvent se lire sur les cartes.
Khalil Tafakji, c’est l’histoire d’un géographe palestinien qui, comme un précurseur, avait prévenu que les accords d’Oslo de 1993 ne pourraient pas créer d’État stable en Cisjordanie. C’est l’histoire d’un cartographe qui manipule les cartes, quand les diplomates cherchent des accords. Il faut dire que naître en 1950 à Jérusalem donne quelques prédispositions pour la géographie. Celui qu’on appelait « le cartographe d’Arafat » rappelle Pierre Haski, a travaillé sur les cartes quand elles étaient interdites. 31°Nord 35°Est, ce sont les coordonnées géographiques de Jérusalem et aussi le titre de son ouvrage, au contact des populations juives et musulmanes de la capitale israélienne. Aidé par Delphine Papin et Pierre Haski, Khalil Tafakji a essayé d’expliquer par les cartes l’origine du conflit, « à la fois extrêmement complexe et extrêmement simple, c’est l’histoire de spoliation, de contrôle de territoires ».
Le cartographe palestinien a évoqué l’absurdité du système israélien depuis les accords, la discontinuité entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et le mur qui traverse Jérusalem, coupant en deux la ville, avec la totalité des lieux saints côté palestinien. Le conflit actuel n’a rien de nouveau, les cartes avaient prévenu. « Le problème c’est Jérusalem » poursuit Tafakji, « sans ce mur qui sépare la ville en deux ce serait différent ». Pierre Haski quant à lui, cite Albert Londres dans son livre « Les juifs errants sont arrivés » : « Les Anglais ont promis un foyer national au peuple juif, regardez autour de vous, il y a déjà un foyer national. Deux foyers nationaux au même endroit, c’est la guerre. »
Au terme d’un rendez-vous marqué par l’émotion que suscite le génocide en cours en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les voix des trois spécialistes ont raisonné dans l’espace. Jouant avec les voûtes de la cathédrale, l’écho acoustique s’est mué en un écho politique mondial, portant ces voix bien au-delà de l’édifice pour les faire retentir jusqu’en Palestine et au-delà.



