L’avenir de l’Ukraine face à la menace russe

Décrypter la guerre en Ukraine aurait nécessité bien plus de trois heures à Michel Foucher, géographe et diplomate, Sylvain Kahn, géographe et auteur, et Christian Pierret, fondateur du FIG et ancien ministre de l’Industrie du gouvernement de François Mitterrand, pour aborder tous les angles du conflit russo-ukrainien, ils n’en n’ont eu qu’une et l’ont honoré avec brio. Résumé d’un rendez-vous « Foire aux questions » riche en histoire. 

Alors qu’ils étaient près de quarante-quatre millions en 2022, les Ukrainiens ne sont plus que trente-huit millions aujourd’hui. La principale cause ? L’invasion russe en Crimée puis le conflit généralisé. Dans sa présentation du « grenier de l’Europe », Christian Pierret parle d’un pays historiquement industriel, entre mine de fer et charbon, industrie métallurgique et aéronautique. Un PIB très limité, une grosse corruption et des institutions assez fragiles. Il ajoute que « le revenu par habitant est comparable aujourd’hui à celui de 2008 selon la Banque mondiale » soit un retour en arrière de près de vingt ans. Le premier temps de ce rendez-vous se termine, l’assemblée se prépare à poser ses questions. 

Interrogé sur le sentiment d’implication des Européens face à la guerre, Michel Foucher s’en est remis aux mots de l’écrivain ukrainien Artem Chapeye. Citant son roman Les gens ordinaires ne portent pas de mitraillette, le géographe a rappelé que « théoriser autour de sujets géopolitiques est le privilège d’individus en sécurité, à vol d’oiseaux on ne perçoit que les contours généraux mais lorsque qu’on fuit avec ses enfants on ne ressent que de la peur ». Christian Pierret le rejoint : « Nous ne pouvons pas nous désintéresser de la question ukrainienne dans notre démocratie ». Une nouvelle main se tend dans l’auditoire : « Quel est le statut de la Russie aujourd’hui et quel rôle l’entrée en conflit avec l’Ukraine a-t-elle joué ? ». L’ex-ambassadeur français en Lettonie dépeint un tableau volontairement sévère d’une Russie en déclin. « Une guerre des villes » voilà ce que serait l’avenir du conflit selon le diplomate français. Il termine : « Si la Russie arrête de se battre la guerre prend fin, si l’Ukraine arrête de se battre c’est l’Ukraine qui prend fin »

Une conclusion sombre mais lucide pour clore une heure de débat dense, rappelant au public que le dénouement de cette guerre redessinera durablement l’équilibre géopolitique européen.