Rencontre littéraire à l’Espace des arts plastiques Cepagrap ce samedi matin. Autour de son roman ‘Ceux du lac’, prix du roman d’écologie 2025, l’autrice Corinne Royer, guidée par Emmanuel Antoine, a plongé le public dans un voyage entre la nature roumaine et un HLM parisien.
Une immersion sensorielle et organique
Dès les premières pages lues, Emmanuel Antoine explique avoir été saisi par la puissance descriptive de Corinne Royer. ‘Une rivière, une image, une ondulation” : le texte place directement le lecteur dans l’eau, face à un personnage qui nage. L’autrice a expliqué sa volonté de “fouiller la dépossession matérielle” pour la faire ressentir physiquement. Pour cela, il fallait d’abord immerger le lecteur dans cette nature du delta de la Văcărești, un lieu où l’homme n’est pas le chef d’orchestre mais un élément parmi d’autres. Hors de la prédation industrielle moderne, nous sommes plongés dans une consommation qui s’exerce ici comme une nécessité vitale pour se nourrir. Les paysages sont alors un espace de vie mais également de cohabitation et de ressource.
Entre mémoire de l’enfance et résistance poétique
Corinne Royer s’est inspirée de sa propre histoire pour construire ce récit. Elle a évoqué son enfance partagée entre la ferme de ses grands-parents et un village atypique qui comportait un hôpital psychiatrique où les internés vivaient librement. Ces « bizarres », comme elle les appelait enfant, qui lui racontaient des histoires folles et cette famille de six enfants roumains qui lui apprit à pêcher à la main et à reconnaître les plantes médicinales, ont nourri son imaginaire. Cette mémoire apparait dans le roman, notamment à travers le personnage de tante Marta, ancienne étudiante à Paris revenue instruire la fratrie, pour qui la littérature est un outil d’imagination.
Le roman, écrit à deux voix, alterne une narration dite organique par l’autrice, très proche des corps et de la nature, et des intermèdes poétiques, véritables ‘conversations de l’âme’. C’est d’ailleurs ce qu’a pu découvrir le public lors d’une lecture de quelques passages du roman.
La nature sera-t-elle un luxe ?
La rencontre a également soulevé des questions géopolitiques et écologiques brûlantes. Corinne Royer a notamment poussé des réflexions sur la marchandisation progressive de la nature : ‘On peut penser que demain apparaîtra une pseudo-nature sauvage, uniquement disponible pour les gens qui en ont les moyens.”. Une réflexion qui s’élargit aussi à l’eau, à l’air et tous les besoins communs menacés par la privatisation.
La séance s’est conclue par une séance de dédicaces. Mais pas d’inquiétude pour ceux qui l’auraient manqué, Corinne Royer sera de nouveau disponible pour rencontrer les lecteurs et signer son ouvrage le samedi 3 octobre de 16 h 30 à 17 h 30, ainsi que le dimanche 4 octobre de 9 h 30 à 10 h 30 au salon du livre.
Écoutez un extrait du petit-déjeuner littéraire en cliquant ici.



