De Gaulle en Roumanie, un voyage symbolique, deux stratégies politiques 

Alors que l’Europe est divisée en deux blocs distincts et que les manifestations étudiantes prennent de l’ampleur en France, Charles de Gaulle se rend en Roumanie du 14 au 18 mai 1968 pour un voyage diplomatique, politique et culturel. Florence Smits, géographe et Antoine Broussy, président de la fondation Charles de Gaulle, reviennent sur une rencontre méconnue entre le président français et Nicolae Ceausescu.

Aéroport de Baneasa, 14 mai 1968, trente degrés ressentis sur la piste d’atterrissage. Tout est mis en place à la perfection pour la réception du président français. Charles de Gaulle sort en premier suivi par Tante Yvonne, son épouse et par son indéfectible ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville. Ils sont accueillis par le président roumain, Nicolae Ceausescu en personne, lors d’une cérémonie fastueuse. Décrit comme « paradoxal » par Antoine Broussy, ce voyage illustre les priorités du président français alors que son Premier ministre Georges Pompidou doit contenir près d’un million d’étudiants virulents. Entre consolidation des liens diplomatiques et mépris des revendications locales, le séjour du président français en Roumanie en dit long sur sa politique.

« Nous vous prenons comme vous êtes »

Dans la continuité de ses voyages diplomatiques en URSS en 1966 et en Pologne en 1967, de Gaulle doit se rendre en Roumanie la même année mais les événements l’obligent à reporter le voyage. Réélu en 1965, l’ancien général ne supporte pas l’influence des deux blocs. Il voit d’un mauvais œil le rideau de fer qui se dresse à l’Est : « Nous pensons nous aussi que la situation présente des dangers en Europe à cause de la rivalité entre les deux grandes puissances » confiait-il au président roumain. Il ajoutait : « Nous vous prenons comme vous êtes » en référence aux modèles politiques différents entre les deux pays, d’un côté un État fort, de l’autre un socialisme assumé, « un communisme à la roumaine » selon Antoine Broussy.

Pendant quatre jours, de Gaulle va sillonner le territoire roumain, des plaines rurales aux universités de la capitale. Près de 350 kilomètres en voiture à la découverte du sud de la Roumanie avec des Roumains qui l’acclament dans chaque village pour terminer sur la place des Aviateurs de Bucarest, aujourd’hui place Charles-de-Gaulle, devant des milliers de personnes. Il y prononce un discours tourné vers l’avenir, surtout vers l’Ouest, s’adressant aux jeunes générations, paradoxal compte tenu des événements en France. « Pas une fois Charles de Gaulle ne s’était adressé à la jeunesse ou peut-être l’avait-il fait une fois mais il s’était contenté de parler de la jeunesse et non de parler à la jeunesse » terminait Antoine Broussy.