Dans le cadre de la 37e édition du Festival International de Géographie (FIG), s’est tenue la conférence « Quand des zones humides surgissent dans les friches urbaines », menée par Allan Wei, géographe et historien à l’Université Libre de Bruxelles.
Le chercheur appréhende les friches comme des « paysages hybrides et des milieux de vie reconfigurés », au croisement d’héritages industriels, de dynamiques hydrologiques et de nouvelles considérations citoyennes. Il souligne un intérêt renouvelé pour ces espaces si particuliers. Longtemps perçues comme « de véritables déchets urbains, inconstructibles et fertilisateurs de nuisibles », ces friches font l’objet d’un regain d’intérêt écologiste, social et économique au XXIe siècle.
Un exemple type : le Marais Wiels à Bruxelles
L’histoire du Marais Wiels illustre ce basculement. Ancien site industriel partagé entre traitement d’hydrocarbures et grande brasserie démantelée en 2009, il a vu son réaménagement immobilier être stoppé net lorsqu’un forage a percé une nappe phréatique liée à la Senne, inondant ainsi la plaine. La crise de 2008 ayant immobilisé les projets immobiliers, l’eau stagne et un milieu aquatique chargé d’une riche biodiversité se développe. Malgré la pollution des sols et les tentatives de pompages, le site devient un sanctuaire biologique inattendu. Il accueille une faune et une flore remarquables, dont des espèces botaniques rares et des pollinisateurs mais aussi des habitations précaires et des activités artistiques.
Le marais comme terreaux fertile d’engagement citoyen
Cette reconquête naturelle et culturelle déclenche une formidable « effervescence collective ». Des habitants du quartier, des jeunes, plus de 1 000 sympathisants et des personnes en situation de précarité se mobilisent aux côtés d’experts et d’artistes pour défendre cet espace d’attachement. Les « crades parties » en sont un bon exemple en rassemblant des acteurs locaux dans le but d’effectuer des clean-walk. Des figures locales comme les artistes Tom et Nicolas Valckenaere ou l’association Marais Wiels Wielsmoeras structurent cette lutte citoyenne pour développer « un éventail de solutions » pour la préservation et la valorisation du site. Cependant, cette « histoire socio-naturelle d’un espace un peu particulier » donne lieu à des conflits d’ usage.
Cette force motrice aboutit en 2020 au rachat du terrain par la Région pour en faire un parc public. Le Marais Wiels incarne désormais un modèle où s’articulent « interactions complexes, conflits de classes et pratiques sociales », prouvant que les friches humides urbaines deviennent des espaces communs d’expressions citoyennes.




