Une reconnaissance institutionnelle suffit-elle à préserver nos paysages ?

Comprendre les rouages d’une organisation internationale permet de saisir la teneur politique du processus de patrimonialisation. Saisir les nuances et les enjeux de ce processus libère le chemin de l’appréhension des limites imposées par une reconnaissance institutionnelle d’espaces bioculturels. 

Une conférence intitulée Les paysages culturels : un patrimoine pour l’humanité. L’invitée d’honneur ? Irina Bokova, ancienne directrice générale de l’UNESCO accompagnée de Mechtild Rossler, ex-directrice du centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, géographe affiliée à l’université de Hamburg et chercheuse associée au CNRS, et de Bernard Debarbieux, géographe urbaniste affilié à l’université de Genève.

En 1992, le comité du patrimoine mondial de l’UNESCO élargit la notion de patrimoine aux paysage dits culturels. Entre longues discussions et tentatives manquées, Mechtild Rossler témoigne : « Nous avons défini les catégories du paysage culturel et le comité les a acceptées à Santa Fé. Ils ont intégré la notion de biodiversité biologique créée par l’Homme ». Le paysage culturel se décompose, en effet, en trois sous-catégories allant d’un paysage transformé intentionnellement par l’homme dans une logique esthétique, aux paysages naturels cristallisant un engagement associatif. 

La labellisation, solution viable pour la protection du paysage ?

« La catégorie de paysage culturel a changé la vie des populations sur place », avance Irina Bokova ce qui récompense ainsi l’investissement des acteurs à l’origine de la reconnaissance des paysages. Elle ajoute  que « rapprocher le patrimoine naturel et culturel était une évolution pertinente car le monde avait préparé l’agenda pour le développement durable, […] il fallait inscrire cette notion dans le marbre, la convention du patrimoine mondiale étant une loi internationale. »

Mechtild Rossler considère, elle, que cet élargissement de la notion de patrimoine a rencontré un véritable engouement avec « aujourd’hui près de 10,5% des sites sur la liste du patrimoine mondial inscrit dans la catégorie des paysages culturels ». 

Une réussite à nuancer 

Dès le début du processus de patrimonialisation, certains acteurs légitimes sont exclus, comme le confirme Bernard Debarbieux : « Les communauté locales ne peuvent pas proposer de candidature, seulement les États ».

Il ajoute que « beaucoup de chercheurs pointent les difficultés rencontrées entre les intentions et les concrétisations de la patrimonialisation ».  En prenant l’exemple des rizières en terrasses philippines, Irina Bokova confirme ses dires en affirmant que « la contrepartie du classement du site des rizières est particulière. Pour classer un site, il faut garantir sa pérennité. Pourtant, à la suite de ce classement, une exploitation touristique prononcée a débuté, obligeant le comité à classer le site sur la liste du patrimoine en péril ».

Une interrogation s’impose alors : comment garantir la transmission de paysages exceptionnels aux générations futures si la patrimonialisation ne suffit pas à les figer dans le temps ?