Entretien avec Léa Sallenave

Directrice scientifique du FIG 2026, Léa Sallenave, docteure en géographie et enseignante-chercheuse, a pris une petite respiration après ces trois jours intenses pour nous raconter « son » festival.

Durant les mois de préparation, quelle « couleur » souhaitiez-vous donner au programme scientifique, quels étaient vos objectifs et vos points de vigilance ?

« Avec l’équipe scientifique, composée de David Bédouret, d’Anne Sgard et de Lolita Voisin, nous avons rédigé ensemble l’appel à communication organisé d’après 4 axes thématiques : le paysage polysensoriel, le paysage comme enjeu politique, le paysage au-delà de la « belle » carte postale, les paysages de la dévastation et de l’espoir. 

Nous avions ensuite pour mission de lire les propositions anonymisées, d’en sélectionner un petit nombre et de penser à 8 tables rondes s’inscrivant dans ces 4 axes. Nous avons ainsi souhaité réunir des intervenants et intervenantes autour des paysages de la cohabitation entre humains et animaux, sur la thématique de l’habiter en contexte anthropocène (habiter des paysages dégradés et dévastés), ou sur celle des paysages du futur.  

Il était important pour nous de faire entendre la voix de collègues en début de parcours académique, d’essayer de varier les terrains d’étude en fonction des propositions reçues, c’est-à-dire pas uniquement des propositions concernant la France ou l’Europe, et de programmer des approches multiples du paysage, même si l’approche politique fut majoritaire parmi les propositions envoyées.  

Cette coloration a été discutée avec l’équipe pérenne du FIG, en particulier Aurélie Anneheim, Victoria Kapps, Thibaut Sardier, et celle du comité scientifique élargi, qui ont aussi fait leurs propres choix pour offrir une grande richesse et diversité de contenus. 

L’année fut dense mais très stimulante auprès d’une équipe permanente du FIG, qui travaille fort pour garantir au public qualité scientifique, qualité de l’accueil et plaisir à se retrouver. »

Que fait une directrice scientifique durant les trois jours du Festival ? Comment les avez-vous vécus ?

« Elle marche beaucoup d’un site à l’autre et croise, souvent en coup de vent, les festivaliers, festivalières et les collègues, comme Emmanuelle Boulineau en charge des pays invités ! 

J’ai très bien vécu ces trois jours parce que les différentes équipes de Saint-Dié maîtrisent l’organisation de A à Z. Elles sont très bien préparées et mobilisées, tôt le matin jusqu’à tard le soir, pour permettre le bon déroulé de l’événement. L’accueil est d’une grande qualité. 

Je suis intervenue tous les jours. J’ai pris la parole vendredi lors de la matinée d’accueil des enseignants et enseignantes pour présenter l’orientation thématique de l’équipe de direction scientifique. Le samedi j’ai animé une table ronde, puis j’ai présenté mon travail de recherche avec une collègue. Le dimanche matin, j’ai animé la conférence donnée par Anne Sgard. J’ai fait quelques passages au salon du livre. J’ai assisté à la cérémonie d’ouverture le vendredi soir. Entre ces différents temps, j’ai tenté d’être à l’écoute des personnes rencontrées et de m’assurer que le festival se passait bien pour elles. C’est important pour faire un bilan. »   

Quelle perception ou connaissance aviez-vous du Festival International de Géographie avant 2026, et comment allez-vous le regarder désormais ?

« C’était la première fois que je me rendais à Saint-Dié. J’ai d’abord connu le FIG lorsque j’étais étudiante. J’ai le souvenir d’enseignants à la Fac qui mentionnaient chaque année Saint-Dié pour la géographie et Blois pour l’histoire. Puis, lorsque je suis devenue enseignante, ce sont mes collègues qui me rapportaient leurs expériences. 

J’aurai un attachement tout particulier à l’égard de l’édition 2026. Le vivre de l’intérieur est une grande chance. C’est remarquable de voir s’activer un ensemble de lieux qui valorisent le travail de géographes, de paysagistes, de cartographes, d’enseignants et d’enseignantes, d’acteurs associatifs, de journalistes, d’auteurs et autrices, de libraires, d’artistes…, et de constater que ces lieux œuvrent aux rencontres et discussions de fond entre les gens. »