L’URSS laisse une trace indélébile sur la littérature bulgare. C’est le constat dressé par les trois intervenants de la conférence du vendredi 2 octobre intitulée Nouvelles voix bulgares.
Avec Momtchil Milanov, auteur et juriste bulgare formé en droits international à Strasbourg, Ivanka Moguilska, écrivaine, poétesse, danseuse et réalisatrice de pièces de théâtre, et Marie Vrinat-Nikolov, traductrice et professeure d’université en langues et littératures slaves.
En introduction, Ivanka Moguilska rappelle le climat d’incertitude né de la chute de l’URSS, tandis que Momtchil Milanov raconte une enfance « marquée par l’époque communiste ». Entre lectures d’extraits et plongée dans les années 1990, les réponses aux questions débutent.
La difficulté de publier et traduire
Les ouvrages bulgares représentent une part dérisoire du marché : à peine 0,1 % des traductions. Qualifié de « langue de moindre diffusion », le bulgare s’exporte difficilement, témoigne Marie Vrinat-Nikolov.
Face à ce constat, la professeure et traductrice de plus de cinquante livres a muté en intermédiaire, créant des ponts entre les écrivains et les éditeurs. « Il ne faut pas se décourager et être patient », affirme-t-elle, précisant qu’elle monte des dossiers prenant « entre trois mois et dix ans » pour aboutir. Elle s’offusque lorsqu’on lui demande « votre écrivain, il est universel ? ». Elle considère que « cette question est très ethnocentrée, ce qui est universel c’est ce qui partageable, ce qui est commun à l’humanité, pas ce qui plaît à un public français ». Si le prix Booker 2023 décerné à Georgi Gospodinov marque une transition, une seule réussite ne suffit pas à propulser toute une littérature.
Diversification et universalité
Face à l’héritage d’un régime « brutal », la réponse ne réside pas dans la seule dénonciation politique mais dans l’exploration de l’intime. Momtchil Milanov tente de capturer la réalité en se dissociant du personnage principal de son roman et en se détachant du passé historique du pays dont il est originaire pour atteindre la sensibilité de chacun. Il puise ainsi dans le « réservoir de son enfance » pour raconter un récit personnel tout en le rendant lisible pour les lecteurs étrangers. La stratégie des auteurs bulgares consiste à « partir du singulier pour aller vers l’universel », en faisant de l’histoire personnelle un miroir pour chacun.
Selon Ivanka Moguilska, la diversification artistique est une composante centrale pour permettre l’exportation de la littérature bulgare. La poésie est « une manière de vivre » qui aide à surmonter la douleur. En multipliant les arts, le théâtre, la danse, l’écriture, les artistes s’adaptent pour donner du sens à leur démarche et toucher un public plus large.



