Chaque année, le Festival s’appuie sur une direction scientifique renouvelée, choisie en lien étroit avec la thématique de l’édition et le ou les pays à l’honneur. Véritables garants de l’exigence scientifique, les directrices et directeurs scientifiques jouent un rôle central dans la construction de la programmation scientifique du Festival.
Pour cette édition 2026, nous vous proposons de faire plus ample connaissance avec Léa Sallenave, directrice scientifique sur le thème « paysage », et Emmanuelle Boulineau, directrice scientifique pour les pays à l’honneur : Bulgarie et Roumanie. À travers six questions, elles nous parlent de leur parcours, de leur vision de la géographie et de ce qui les anime.
En quelques mots, pouvez-vous vous présenter ?
Léa Sallenave :
J’ai été enseignante d’histoire-géographie dans le secondaire et je suis actuellement maîtresse de conférences en géographie à l’INSPE de Lyon 1, membre du laboratoire Environnement Ville Société. Je travaille sur les représentations et imaginaires de la montagne ainsi que sur les enjeux de cohabitation dans les espaces récréatifs et touristiques des Alpes. En parallèle, j’analyse des dispositifs d’enseignement-apprentissage en géographie et à partir du paysage.
Emmanuelle Boulineau :
Je suis professeure de géographie à l’Ecole normale supérieure de Lyon et membres du laboratoire de recherche EVS (Environnement, Ville, Société). Mon domaine de spécialité est la géographie politique de l’Europe que j’enseigne aussi tout en restant attachée à toutes les dimensions de la géographie et à son dialogue avec d’autres domaines scientifiques.
Quelle est votre définition de la Géographie ?
Léa Sallenave :
Elle varie en fonction du temps à disposition de la personne qui me pose la question.
Si la personne a du temps, je développe une définition assez classique, autour de la géographie comme manière de mieux comprendre le rapport, toujours très politique, des sociétés à leurs espaces en combinant les échelles d’analyse.
Emmanuelle Boulineau :
L’espace compte ! La géographie est une science qui étudie l’espace des sociétés tel qu’il est construit dans le temps, soumis à des aléas, imaginé et représenté, transformé par les activités économiques et les relations sociales, géré par le politique…L’espace n’est pas un simple support des sociétés, par leurs actions il devient territoire !
Qu’est-ce qui vous anime le plus dans votre métier de géographe aujourd’hui ?
Léa Sallenave :
Essayer de donner le goût de la géographie aux étudiants et étudiantes, notamment celles et ceux se destinant à l’enseignement. Souvent, l’histoire est préférée. Je montre que la géographie partage avec elle une même exigence de contextualisation, de travail à partir d’acteurs, de sources variées, de ruptures et continuités, de dynamiques et d’interdépendances.
En dehors de l’enseignement, ce que j’apprécie, c’est m’autoriser à observer, longuement, les espaces et ce qui s’y passe : les manières dont les individus et les groupes négocient avec l’espace, l’habitent, le détournent et y cohabitent.
Emmanuelle Boulineau :
Comprendre le monde actuel et tout particulièrement l’Europe dans ses dynamiques contemporaines, construire et transmettre des savoirs en géographie est passionnant. Être géographe c’est aussi proposer des clés de lecture des territoires, utiles pour la prise de décision et l’action sur ces territoires.
Vous êtes directrice scientifique du FIG 2026. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accepter ce rôle ?
Léa Sallenave :
A la fac, dans la salle des profs ou durant mon doctorat, le FIG de Saint-Dié a toujours été LE rendez-vous automnal à ne pas manquer. La perspective d’un travail d’équipe, au service d’un festival qui forme un point de repère majeur lorsque l’on étudie ou enseigne la géographie, ne pouvait pas se refuser. C’est une grande chance de pouvoir prendre en charge cette responsabilité et de travailler avec David Bédouret, Anne Sgard, Lolita Voisin, Emmanuelle Boulineau pour les pays à l’honneur, de collaborer avec toute l’équipe de direction, de communication, d’organisation et le comité scientifique élargi.
Emmanuelle Boulineau :
Je suis très heureuse que la Roumanie et la Bulgarie, deux États d’Europe médiane soient à l’honneur. Au-delà du cercle de la recherche, le FIG est l’occasion d’aller à la rencontre d’un large public, ouvert et curieux, pour lui faire comprendre autrement l’Europe et le monde en le regardant depuis la position d’entre-deux de ces pays.
En quoi cette édition du FIG résonne-t-elle particulièrement avec le monde d’aujourd’hui ?
Léa Sallenave :
Le paysage invite à l’humilité, à l’attention, à la patience, à suspendre ce que l’on croit et ce que l’on prend pour évident. Il permet de s’intéresser au minuscule comme au vaste territoire, à ce qui est vulnérable ou rendu vulnérable, à (se) poser des questions. A partir du paysage, on peut discuter, ne pas toujours être d’accord et s’engager à trouver un équilibre le plus harmonieux et juste possible pour cohabiter entre humains et autres qu’humains.
La thématique peut parler à toute personne. Le paysage a un côté accessible, direct, facile, et, à la fois, pour être pleinement compris, il nécessite d’enquêter, de faire appel à des regards pluriels et des disciplines variées.
Emmanuelle Boulineau :
Qu’est-ce que l’Europe aujourd’hui ? Quel projet pour l’Union européenne ? Voici des questions, et il y en a bien d’autres, auxquelles on peut apporter des éléments de réponse en décentrant le regard à partir de la Roumanie et de la Bulgarie. Aux marges orientales de l’Union européenne mais aux avant-postes européens dans un monde en tensions, ces deux pays, chacun aussi avec ses propres caractères géographiques, permettent de comprendre le monde d’aujourd’hui autrement.
Le FIG est un Festival qui s'adresse à toutes et à tous. Pourquoi la géographie vous semble-t-elle essentielle à partager avec le grand public ?
Léa Sallenave :
La géographie et plus largement les sciences sociales sont essentielles à valoriser, à soutenir, à défendre, parce qu’elles nous invitent collectivement à nous décentrer. Un événement comme le FIG est un espace-temps important grâce auquel la pensée circule, se recompose en se confrontant à celle d’autres que soi.
Emmanuelle Boulineau :
La géographie se pratique tous les jours, par la distance que l’on parcourt, par l’environnement dans lequel on vit, par les paysages que l’on perçoit, les pays ou régions que l’on visite…. Les géographes aident à comprendre ce que nous observons et le FIG est un formidable lieu passeur de ces savoirs, dans le partage avec toutes et tous…



