Biographie
Édouard Morena est maître de conférences en science politique au University of London Institute in Paris (ULIP). Il a consacré sa thèse à la Confédération paysanne. Parmi ses publications récentes en français, on peut citer : « L'inépuisable débat sur l'agriculture dans ses rapports avec le capitalisme », Actuel Marx, n°75 (avec Thierry Pouch), 2024 ; Fin du monde et petits fours. Les ultra-riches face à la crise climatique, La Découverte, 2023 ; Le Coût de l'action climatique. Fondations philanthropiques et débat climatique international, Le Croquant, 2018.
Bibliographie
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Paysan - 19/09/2024 - Anamosa - Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-priority:99; mso-style-qformat:yes; mso-style-parent:""; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin-top:0cm; mso-para-margin-right:0cm; mso-para-margin-bottom:0cm; mso-para-margin-left:35.7pt; mso-para-margin-bottom:.0001pt; text-align:justify; text-indent:-17.85pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Calibri","sans-serif"; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-bidi-font-family:"Times New Roman"; mso-bidi-theme-font:minor-bidi; mso-fareast-language:EN-US;} Début 2024, alors que les manifestations d'agriculteurs s'étendaient à travers le pays, les responsables politiques se sont succédé sur les plateaux des chaînes d'info pour appuyer le mouvement et clamer leur amour du « monde paysan ». De François Ruffin à Jordan Bardella, on défendait « l'exception agriculturelle" française face à la concurrence déloyale de produits étrangers. Cette unanimité autour de la « cause paysanne » renvoie à un rapport particulier entre un « nous non-paysan » et un « eux paysan » aux contours flous et protéiformes. Le paysan c'est l'agriculteur, l'habitant des campagnes, le « petit » producteur. Mais c'est aussi la France, la nation, la république. C'est le bon sens, la simplicité, le travail, l'effort, l'enracinement, la nature, la convivialité, l'authenticité, le savoir-faire, la droiture. C'est tout ça à la fois. Le paysan nous fascine. C'est un énigmatique mélange entre altérité et familiarité. Alors que la population agricole ne cesse de s'étioler, le paysan est partout et nulle part. Par-delà les barrages autoroutiers, il est présent dans les publicités pour du jambon et du fromage industriel, il est sur nos pièces de monnaie (« la semeuse »), dans la littérature, dans les discours politiques, et dans les cris de supporters se moquant des joueurs de l'équipe adverse (« paysans, paysans, paysans »). Il est le réceptacle de nos espoirs et de nos angoisses. De nos injonctions contradictoires. Au fil des années et des crises, on l'a dépeint en républicain, en réactionnaire, en patriote, en productiviste, en écolo aussi. On l'a voulu de gauche, de droite, sans étiquette. Les paysans, comme le résume Pierre Bourdieu, c'est une « classe-pour-autrui » « sans cesse invités à prendre sur eux-mêmes le point de vue des autres, à porter sur eux-mêmes un regard et un jugement d'étrangers ». C'est cette « paysannerie classe objet » qui est l'enjeu de ce texte. Sa genèse et son évolution depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours en sont retracées. Pour ce faire, il faut s'intéresser aux enjeux politiques qui entourent la paysannerie. En effet, au cours du XIXe siècle, les luttes politiques pour le contrôle du monde rural et agricole ont introduit et entretenu l'idée d'une spécificité paysanne ; une spécificité qui serait moins due à un statut économique particulier qu'à un système de croyances et de valeurs positives dont la portée déborde de la seule profession agricole. Dès lors, et encore aujourd'hui, l'appropriation et l'incarnation de cet ethos paysan constituent encore et toujours un enjeu politique central, et ce, malgré la baisse marquée de la population agricole. Par-delà le rôle des politiques, c'est la construction du paysan comme objet culturel et scientifique qui lui donnent cette force particulière. Il s'agit ici d'interroger les représentations de la paysannerie et la ruralité dans la « haute » culture et la culture populaire, leur évolution et ce qu'elles révèlent de leur époque. De George-Henri Rivière et les folkloristes du musée d'Ethnographie aux sociologues ruraux d'inspiration mendrassienne, Édouard Morena s'intéresse ensuite au rôle des scientifiques, et plus particulièrement des ethnologues et des sociologues, dans la constitution et la légitimation de cet « autre » paysan comme sujet d'étude. En s'appuyant sur les exemples de José Bové et de la Confédération paysanne, il s'agit de montrer comment les organisations syndicales agricoles font usage du référentiel « paysan » pour promouvoir leurs intérêts professionnels ; « jouer le rôle du paysan » devient une stratégie syndicale. Enfin, seront analysés les limites et les dangers de l'essentialisme paysan : invisibilisation des femmes, des ouvriers agricoles, des travailleurs immigrés, et des inégalités sociales et des rapports de domination entre agriculteurs ; brouillage de la frontière entre progressisme et conservatisme ; urbaphobie… |