FIG 2016

Le Thème de l'édition 2016 du Festival International de Géographie :

Un Monde qui va plus vite ?

Le pays invité est : la Belgique

 

 

Patrick BoucheronPrésident du FIG 2016 - Patrick BOUCHERON

La géographie, une mise en récit du monde

Patrick Boucheron est depuis quelques mois professeur au Collège de France. Spécialiste du Moyen âge et de la Renaissance italienne, connu pour une abondante et passionnante bibliographie, notamment Conjurer la peur. Sienne, 1338 : essai sur la force politique des images (Seuil), il a signé une postface dans l’Atlas Global (Les Arènes). En se méfiant du point de vue particulier véhiculé par les vues du ciel urbaines de la Renaissance, il tenait à rappeler qu’aucune des projections n’est bonne en cartographie. «Toutes les sociétés (ou presque) se pensent au centre du monde». La carte de Waldseemüller dessinée à Saint-Dié en 1507 n’échapperait pas à ce constat.

Partant de là, pour Patrick Boucheron « la géographie met en récit la globalité du monde ». Par des histoires qu’on ne peut pas représenter mais auxquelles les sciences sociales font bon accueil : «mille intrigues fragiles, ténues et fugaces font, en constellations, la beauté du monde».

L’anthropocène caractérisé par l’action humaine devenue la principale force géologique de transformation de la Terre chamboule les catégories, notamment la distinction entre histoire naturelle et histoire humaine. Il faudra du temps pour intégrer ces données. Une figure s’impose pour Patrick Boucheron : Atlas, titan frère de Prométhée, ayant volé le feu et, donc, châtié par les dieux de l’Olympe. «Condamné à tenir écartés l’un de l’autre la Terre et le Ciel, Gaïa et Ouranos», Atlas porte le fardeau plus lourd de l’anthropocène «lui imposant de séparer la Terre habitée de ses enveloppes atmosphériques». Mais contrairement à Sisyphe, chez l’historien Aby Warburg, Atlas est devenu lui-même la montagne. «Il porte la voûte céleste sur son dos. Peut-être faut-il tout de même l’imaginer heureux».

Telle est la leçon que Patrick Boucheron lance aux géographes de ce 27e FIG.

Gilles Fumey,
professeur à l’université Paris-Sorbonne, président de l’ADFIG.

 

 

Maylis De KérangalGrand Témoin 2016 - Maylis DE KÉRANGAL

Un grand témoin exceptionnel

Maylis de Kérangal a été éditrice pour les éditions du Baron Perché et les guides Gallimard avant de devenir l’une de nos meilleures romancières. Passionnée d’histoire et de géographie, elle s’est familiarisée très jeune, en Khagne, avec l’étude des cartes et des territoires. Après ses deux premiers romans, tous les deux écrits avec un je narratif, elle s’est calée dans une écriture de description à 360 degrés. Avec elle, les personnages sont présents et s’incarnent par ce qu’ils montrent. Usant d’une écriture phénoménologique, elle prend en compte tout ce qui se manifeste.

Naissance d’un pont (prix Médicis 2010) nous a emmenés dans une Californie imaginaire, assister à la création d’un pont suspendu autour duquel se croisent une dizaine d’hommes et de femmes, tous employés du gigantesque chantier. Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en 24 heures exactement. C’est donc l’histoire d’un coeur qui, passant d’un point à un autre, voyage d’un vivant qui meurt à un mourant qui survivra. Aventure métaphysique à la fois collective et intime, le livre décrit un coeur qui, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. De temps à autre, la romancière glisse ses propres réflexions, s’ébahissant notamment devant les prodiges de cette greffe. Ce livre, qu’on lit d’une traite avec passion, lui a valu un succès monstre en France (dix prix littéraires) et à l’étranger.

Avec Un chemin de tables, elle s’aventure sur les traces d’un cuisinier de 22 ans qui va faire de sa passion un métier. Maylis de Kérangal nous fait partager son amour pour le travail manuel, les gestes souples et précis de ce personnage qui est «d’autant plus important que l’intérêt porté à la gastronomie n’est jamais si fort que dans les périodes où les gens sont inquiets». Se dessine en creux le portrait d’un jeune homme curieux de nouvelles saveurs, qui a son opinion bien arrêtée sur l’art du goût et se fiche éperdument des codes érigés par les guides officiels. Fine gueule, il ne veut manger que de l’excellent. Il constitue un sujet d’excellence pour cette femme exceptionnelle qui nous
accompagnera lors du FIG.

Antoine Spire, journaliste

 

 

Pierre AssoulinePrésident du Salon du Livre 2016 - Pierre ASSOULINE

Un juré Goncourt préside notre Salon du Livre

Pierre Assouline est au coeur de notre système littéraire : journaliste, enseignant à Sciences Po et en Suisse, conseiller de la rédaction du Magazine Littéraire, juré Goncourt, réalisateur de documentaires pour Arte, il est l’un des critiques littéraires les plus influents. Tout un chacun cite avec délectation son blog qui traite de la vie culturelle avec perspicacité et éclectisme : La République des livres. Il aime faire partager ses enthousiasmes de lecture et son pouvoir de critique est au service des meilleurs auteurs. Biographe quasi professionnel, il a consacré des livres à Gaston Gallimard, Albert Londres, Marcel Dassault, Georges Simenon ou Hergé. A Saint-Dié-des-Vosges, il discutera de ses derniers romans : Une question d’orgueil où il met en scène Georges Pâques : un homme qui exista réellement — si tant est que «réellement» puisse s’appliquer à un espion. Car Georges Pâques en fut un pendant vingt ans, avant d’être arrêté pour haute trahison en 1963, condamné puis gracié par Georges Pompidou en 1970. Cet homme, qui livra des documents de l’Otan aux Soviétiques, n’a rien d’un James Bond. C’est un discret, un fonctionnaire qui agit, affirma-t-il, par pacifisme, cherchant à éviter les effets d’une trop grande hégémonie des Etats-Unis. Ce qui est passionnant dans ce roman de Pierre Assouline, c’est l’enquête, les découvertes et les doutes de l’auteur. Assouline cherche à comprendre, suit les pistes, rencontre les gens, voyage, craint de s’égarer, s’arrime aux faits qu’il pose comme les pièces d’un puzzle prenant forme peu à peu. Comment l’orgueil peut-il pousser un homme à risquer sa tête ?

Golem est son plus récent roman : le champion d’échecs Gustave Meyer, personnage central de ce polar hybride, est une sorte de golem moderne. Le cerveau trafiqué par un ami neurochirurgien aux rêves transhumanistes, il voit ses capacités de mémoire décuplées. Quand sa femme meurt dans un accident de voiture, il devient le suspect numéro un. Polar avec en fond d’écran la Mitteleuropa dont le joueur d’échecs est nostalgique, ce livre est une fête de la langue et de l’humour.

Antoine Spire, journaliste

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