BOURGOIS Mathieu

 

Né en 1972 à Paris, Mathieu Bourgois entretient, depuis l’âge de quatorze ans, une passion pour la photographie quand, lors d’un séjour en colonie de vacances, il découvre la photo et les joies de la chambre noire. A seize ans, il publie sa première photo, un portrait de l’écrivain américain William Burroughs.

Depuis quinze ans, Mathieu Bourgois se consacre au portrait. Pour lui, l’enjeu est de révéler l’essence de son sujet en lui faisant oublier l’objectif. Il aime saisir son sujet hors de son environnement habituel, en lumière naturelle et souvent avec des fonds en matière brute (murs de briques, volets métalliques etc.).

Mathieu Bourgois a photographié plus de 2000 écrivains dont Jim Harrison, Antonio Lobo Antunes, Anna Gavalda, Hanif Kureichi, Alain Robbe-Grillet, Antonio Tabucchi, Orhan Pamuk, Richard Powers. Au-delà du monde littéraire, il réalise aussi des portraits de musiciens comme le groupe AIR, Stacey Kent , Des artistes dont Arman, Arrabal, de réalisateurs, de comédiens et de  chefs de cuisine dont Guy Martin, Mario Batali.

Ses photos sont parues entre autre dans L’Express,  Le Monde, Libération, Le Figaro, La Croix, Le Nouvel Observateur, Le Point, Elle, Vogue, Biba, Lire, Les Inrockuptibles, Le Figaro Magazine, Rockdelux (Espagne) et le Book Review du New York Times, The village Voice , Numberwine.

En 2002, l’Institut Lumière à Lyon lui a consacré une exposition « Portraits d’Écrivains »

 

Exposition durant le festival

Du masque au visage

À mi-chemin entre masque social et « visage » intérieur du sujet qui se prête à la pose, le portrait est un genre ambigu. L’image qui surgira de la rencontre entre le photographe et son modèle est la résultante du rapport entre ces deux individus mis en présence par la séance. Le philosophe Emmanuel Levinas décrivait le visage comme une vulnérabilité, un dénuement, un monologue silencieux adressé à un destinataire à son tour invité à répondre à la relation proposée. Livrer son visage à l’autre, c’est le temps d’un instant confier son humanité à l’objectif inconnu. C’est révéler une part de son identité cachée sous le masque social, c’est consentir  à dévoiler une part de son « statut ». L’œuvre photographique qui en résulte peut-elle néanmoins se résumer à l’expression du modèle ? À une mimique près, dans quel millième de seconde se cache la vérité vraie de l’expressivité ? L’instant subjectif que le photographe choisira de figer puis de sélectionner décidera seul de la vérité.

En 20 ans de métier - du noir et blanc à la couleur - Mathieu Bourgois a réalisé des milliers de clichés d’écrivains, instants semi-opaques partagés entre exhibition physique et intimité intellectuelle. Tout écrivain, dont la pensée habite derrière le regard, reste un client sérieux en matière de mystère. Chargé de l’oeuvre à venir qu’ils portent en secret, le monde intérieur de chacun reste inscrit incognito dans ce visage, une vitrine de chair qui le temps d’un instant s’ouvre au monde. Les portraits de Mathieu Bourgois semblent justement capter ce fragile équilibre entre présence et absence, entre domaine public et jardin secret. Un moment privilégié dans lequel, la neutralité n’existe pas. Distraits ou désabusés, attentifs ou joviaux, dégagés ou concentrés, ses personnages irradient une forme de confiance. S’ils sont parfois saisis par surprise, tels Alfred Brendel, Suzan Sontag ou Jim Harrison, d’autres, Roberto Bolano, ou Jim Harrison, semblent demander à la cigarette de les protéger de la pudeur, de cette gêne consciente de se mettre à nu. Et si certains comme Linda Lê ou Antonio Lobo Antunes dégagent une inquiétude plus ou moins perceptible, d’autres, tels Toni Morrison ou Paul Audi, apparaissent plus sereins. Cécile Wajsbrot ou Kathleen Winter dégagent quant à elles une simplicité tranquille et bienveillante. Plus ou moins souriant, plus ou moins trouble, chaque visage est une blessure ouverte forgée par l’expérience. Présentée dans un temps différé, cette série d’écrivains parfaitement captés dans leur être par Mathieu Bourgois nous parle à voix basse, n’en doutons pas un seul instant, de littérature.

Stéphan Lévy-Kuentz

 

Plus d'informations : http://www.mathieu-bourgois.com/