GéoThéma

UN MONDE QUI VA PLUS VITE ?

Qui dit vitesse, dit déplacement — d’un objet ou d’un être humain, et de plusieurs. Qui dit déplacement, dit mobilité dans l’espace, soit une question éminemment géographique. L’espace étant organisé par les déplacements, entre autres facteurs, leur vitesse ou, son corollaire, leur lenteur, conditionnent de nombreux éléments, jusqu’à la masse des déplacés, plus ou moins importante. On peut aller vite en petit groupe, lentement en grand groupe, mais le contraire est possible. Mais il n’y a pas que la locomotion : les milieux physiques et biogéographiques évoluent, plus ou moins rapidement, et, à l’instar du climat, il n’est pas facile d’évaluer la vitesse des processus.

Internet

Le déplacement dans l’espace suppose une trame. Si le chemin se fait en marchant, une fois la trace effectuée le chemin peut rester. Il peut devenir une route, une autoroute, une ligne de chemin de fer. Il peut prendre la voie des airs ou des mers. Mais les sociétés humaines n’organisent pas la vitesse de la même façon, selon les lieux ou les époques, et elles n’y mettent pas les mêmes moyens techniques, tout comme elles n’y attribuent pas les mêmes valeurs, les mêmes intérêts.

Or l’essence de la question réside dans le caractère de la vitesse qui est variable par définition, non seulement sur le plan physique (plus vite, moins vite en secondes, en heures ou en journées), mais aussi sur le plan temporel (la diligence paraissait le summum du déplacement rapide au XVIIIe siècle…), social (le moine zen reste immobile devant une paroi de bois ou un jardin de pierre alors que le cadre supérieur bondit d’un avion supersonique à un autre…) et donc géographique (le temps semble s’écouler moins vite sur le plateau du Grésivaudan, il semble s’affoler aux heures de pointe à la station de métro parisien du Châtelet…).

Le niveau minimum de la vitesse est connu : c’est l’arrêt, qui n’empêche pas la vitesse de réflexion ou celle du défilé des images sur un écran que l’on regarde. Le niveau maximum l’est moins, et l’être humain tend à confondre course avec évolution : il cherche à aller plus vite. L’accélération de la vitesse mécanique semble même être la marque par excellence du progrès et de la modernité, que le mouvement du futurisme italien avait salué avant de rallier le fascisme… Mais être plus rapide signifie-t-il forcément aller mieux collectivement ou individuellement ?

Or la vitesse maximale s’est accélérée sur le plan mécanique. Les avions ont franchi le mur du son (Mach 1) à partir de 1945. Le premier train à grande vitesse, le shinkansen japonais, atteint 240 km/h en 1964, le Maglev, ou train à lévitation magnétique, 581 km/h en 2003 et une voiture de 1 200 CV les 435,31 km/h en 2014. Il fallait une bonne journée pour rallier Paris à Marseille en train il y a un siècle, cela demande de nos jours un peu plus de trois heures. Il suffit désormais de quelques nanosecondes pour que le trader passe ses ordres financiers et, à l’autre bout de l’ordinateur, une usine peut fermer et une région devenir sinistrée économiquement. Se déplacer implique des infrastructures. Les infrastructures appellent le déplacement. L’espace géographique est ainsi structuré.

En fait, c’est la question du changement et de l’évolution du monde qui est posée et donc, de son amplitude ou de sa profondeur. C’est en distinguant les phénomènes et les processus en cause que l’on peut en avoir une idée plus précise, à condition de ne pas confondre vitesse et instantanéité.

Béatrice Collignon et Philippe Pelletier,
directeurs scientifiques du FIG 2016
Professeurs des universités à Bordeaux et Lyon

 

Pour traiter de toutes les facettes de la vitesse, le programme scientifique du FIG se déclinera cette année en huit GéoThéma, qui seront structurés autour de conférences à une ou plusieurs voix. Géo-Trio, Géo-Duo et Géo-Solo seront autant de dispositifs pour présenter les analyses des experts au grand public et répondre à ses questions. S’y ajouteront des «Conversations transversales» entre un(e) géographe et un(e) chercheur(e) d’une autre science sociale et des Géo-Flash qui feront en 15 minutes le point sur une question précise.

TGV

GÉOTHÉMA 1 : TRANSPORT - GAGNER OU PERDRE DU TEMPS ?

Les lignes à grande vitesse du réseau ferroviaire rapprochent certains citadins, mais étirent paradoxalement les distances entre certaines régions. Les modes de vie se sont accélérés et intensifiés notamment à travers la dispersion spatiale des activités et l’allongement des distances parcourues quotidiennement. La réduction du temps de transport des marchandises reconfigure la carte mondiale des localisations industrielles et le juste-à-temps réorganise la logistique (la supply chain).

Paiement

GÉOTHÉMA 2 : FAST MONEY

Toujours plus vite semble être le mot d’ordre de l’économie financière. Mais ce n’est pas le seul facteur qui guide la localisation de ces opérations économiques. L’ubiquité des outils informatiques n’empêche pas la concentration des donneurs d’ordre dans les centralités urbaines et, lorsque l’on travaille à la nanoseconde près, la distance entre le terminal et le serveur s’avère toujours cruciale...

 

GÉOTHÉMA 3 : LES POLITIQUES - MAINTENANT PRIS DE COURT ?

Face à l’instantanéité et à la multiplicité de décisions prises dans tous les domaines, les représentants politiques peinent à trouver le rythme. Sont-ils inexorablement dépassés par la vitesse du monde contemporain et faudrait-il repenser le système politique ? Simultanément, les camps de toutes sortes qui se multiplient, ceux des réfugiés par exemple, ne regroupent-ils pas des personnes dont le mode de vie précaire subit d’autres rythmes, entre lenteur et espérance subite ?

Tram

GÉOTHÉMA 4 : LA VILLE À TOUTE VITESSE

La vitesse contemporaine semble s’incarner dans la ville. Les constructions succèdent aux destructions. Les embouteillages côtoient les métros à grande vitesse. L’urbanisme éprouve des difficultés à suivre le rythme tandis que les modes de vie urbains semblent se généraliser. Dans le même temps, à l’intérieur des métropoles, des parties de la ville expérimentent les mobilités douces et le paradoxe de déplacements plus lents qui finissent par faire gagner du temps.

Terre

GÉOTHÉMA 5 : LA TERRE S’EMBALLE-T-ELLE ?

Les milieux physiques et biogéographiques n’évoluent pas à la même vitesse que les activités humaines qui les modifient. Entre irénisme et catastrophisme, l’évaluation exacte des transformations en cours reste délicate. Les ressources naturelles conditionnant tout développement durable disparaissent-elles ou se reconstituent-elles plus ou moins rapidement ? Et sous quelle pression ?

Ampoules

GÉOTHÉMA 6 : LA VITESSE EN IMAGES

Les images — cartographiques, photographiques, filmiques — tentent de reproduire la vitesse. Les récits racontent l’espace-temps des fictions de la mondialisation. Les infographies essaient de combiner esthétisme et vitesse.

Sablier

GÉOTHÉMA 7 : DERNIER SLOW ?

Face aux accélérations dans les différents domaines de la vie, nombreux sont celles et ceux qui cherchent à ralentir le rythme. De la «slow flood» à la «slow science» en passant par les «bureaux du temps», ils proposent une pratique et une vision plus posée des choses et du monde. Ils invitent à la lenteur. Le forum de géographies critiques, rendez-vous régulier de la fin d’après-midi du samedi, débattra aussi de cette question : quelle vitesse pour la production de connaissance en géographie ?

Drapeau

GÉOTHÉMA 8 : LE PAYS INVITÉ - LA BELGIQUE

L’image géographique du plat pays malgré les Ardennes ne doit pas masquer les complexités d’une société qui oscille entre réunions et divisions. La Belgique en tant qu’État a moins de deux siècles d’existence, mais elle hérite d’une situation géohistorique forte qui la place au contact des mondes germaniques, francophones et anglophones comme l’incarne Bruxelles, capitale de l’Union Européenne. Symbole ou contre-exemple de l’Europe actuelle ?

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