GéoThéma

ElephantTERRITOIRES HUMAINS, MONDES ANIMAUX

Les êtres humains entretiennent avec les animaux des rapports variés et complexes, nombre d’entre eux ne les laissant pas indifférents. Ils peuvent être désirables ou indésirables, une vermine à éradiquer ou un objet d’amour domestique : les relations entre humains et animaux sont souvent structurées par des affects qui les qualifient et sont anthropologiquement fondateurs de notre humanité.

L’animal est aussi une figure spatiale à part entière, si l’on en croit les monstres marins sur les cartes anciennes, les formes animales utilisées pour représenter l’espace, dans les domaines de l’héraldique ou des symboles nationaux (le coq français, le quetzal guatémaltèque, l’aigle américain, le lion dans une dizaine de pays !), ou encore les espèces pour symboliser les continents dans les livres et jeux pour enfants. Pour autant, les géographes les ont peu étudiés sinon sous l’angle de leur répartition et de leur migration. Les modalités de l’élevage et les stocks de bétail pouvaient, à l’occasion, être évoqués. Les animaux ont ainsi tenu une place importante en géographie rurale, dans l’analyse des filières des productions de lait ou de viande. Ces dernières années, l’émergence de questionnements sociaux plus vastes sur l’éthique (en général, mais aussi en englobant la question animale), la prise en compte de points de vue non dominants dans les analyses des sciences humaines et sociales (ceux des femmes, des homosexuels, des sociétés «en développement»...) ont constitué un terreau favorable au renouvellement des études géographiques sur les animaux. Le thème du FIG 2017 est donc au coeur de débats majeurs de société, du traitement réservé à certains animaux d’élevage à l’érosion de la biodiversité animale.

Les conférences retenues pour ce 28e FIG se structurent sous l’angle de la «présence animale» : il ne s’agit pas de parler de l’animal en tant que tel, mais de questionner la relation des êtres humains à ce dernier, pour penser la société au-delà de ses seules composantes humaines. En introduisant des acteurs non humains, la présence animale contribue à complexifier notre pensée de la société et à l’enrichir. C’est la richesse et la diversité des rapports qu’entretiennent les sociétés humaines avec l’animal qui seront au coeur de quatre «Géo-théma».

Clarisse Didelon Loiseau et Lionel Laslaz,
Directeurs scientifiques du FIG 2017

 

AntilopeGÉOTHÉMA 1 : DE LA PROTECTION AU SYMBOLE TERRITORIAL : LES ANIMAUX EMBLÉMATIQUES

Au-delà des animaux familiers, le FIG 2017 se penchera sur des espèces emblèmes ou des animaux symboles à forte valeur sociale. La fonction de certains espaces protégés est d’assurer plus particulièrement leur sauvegarde par le biais de dispositifs contractuels, réglementaires et parfois contraignants. Leurs gestionnaires usent de l’imaginaire associé à certaines espèces emblématiques pour drainer des flux touristiques, des grands parcs nationaux d’Afrique du Sud à l’utilisation par le régime chinois de l’antilope du Tibet dans le cadre des Jeux Olympiques de Pékin. Ce qui est conservé relève ainsi du message politique. De manière plus large, protéger l’animal revient à poser la question de la place du sauvage dans nos sociétés. Si le festival présente de beaux exemples de cohabitations réussies, l’angle des conflits environnementaux ou d’usages, les rapports de pouvoir à l’oeuvre dans des configurations dissymétriques sont une entrée majeure pour questionner le rapport à l’animal. Si les humains dominent généralement, les animaux participent à transformer ces configurations.

 

SteakGÉOTHÉMA 2 : LES ANIMAUX ET L’APPÉTIT DES HOMMES

L’animal entre dans toutes sortes de filières de production, légales ou illégales, dans un contexte mondialisé. Suite à divers scandales sanitaires, la valorisation de productions par le biais de labels souhaite inscrire ces filières dans un contexte de qualité ; mais les conditions d’élevage demeurent discutées. Objet de tous les trafics par des réseaux transnationaux, le braconnage d’espèces lucratives est combattu avec plus ou moins de succès. La pêche industrielle, le développement de l’aquaculture qui tente de juguler (et accentue pourtant) la surpêche et la raréfaction de certains animaux marins, soulèvent la question de la durabilité de l’animal comme ressource. L’alimentation carnée est au coeur des débats de ce FIG 2017, par exemple à travers les mouvements végétariens voire véganistes qui prennent de l’ampleur dans le monde occidental. Plus encore, le festival s’interroge sur les interdits alimentaires, les normes religieuses, culturelles, techniques, éthiques qui s’attachent à réguler la mise à mort des animaux (mangés ou non, si l’on songe à l’euthanasie, à l’éradication...). La négociation/confrontation de ces normes traduit l’évolution de notre rapport à l’animal.

 

DauphinGÉOTHÉMA 3 : DU COMPAGNON À L’ANIMAL SPECTACLE : LES PROBLÉMATIQUES DU TRAVAIL ANIMAL

Le travail animal, comme celui effectué par les herbivores employés pour l’entretien des espaces verts en ville, représente une dimension peu prise en compte à ce jour dans les travaux des géographes. Dans la longue durée, l’animal a pourtant été support du travail humain notamment dans l’agriculture et le transport, mais aussi compagnon de l’investissement subjectif que nécessite l’action de travailler ; il demeure utilisé dans les activités récréatives, qu’il s’agisse des zoos ou des jeux taurins, de la chasse (qui s’apparente davantage à un mode de subsistance dans certaines sociétés) ou de nouveaux métiers urbains comme l’agriculture urbaine ou le développement de fonctions thérapeutiques (les animaux médiateurs, engagés dans toutes les activités du care). Nager avec les dauphins, observer les cétacés revêt une forte dimension émotionnelle et s’accompagne de l’émergence d’opérateurs touristiques dédiés.

 

MoustiqueGÉOTHÉMA 4 : «NUISIBLES» ? CO-HABITER EN BONNE INTELLIGENCE

Les animaux contribuent à orienter l’aménagement urbain (la lutte contre les pigeons ou les renards dans les villes), ils sont l’objet d’évitement, voire d’éradication. Le statut même des espèces («nuisibles», utiles, protégées, invasives - comme le crapaud buffle ou l’écrevisse de Floride -) relèvent de la catégorisation et des choix, fluctuants dans le temps, puisque certaines espèces ont connu des statuts différents, voire divergents. La question des prédateurs, leur gestion par la puissance publique et par les acteurs agricoles, cynégétiques ou récréatifs est aussi fondamentale dans ce champ : loups, ours, lynx, requins. De véritables guerres biologiques sont parfois à l’oeuvre, comme lorsque des animaux sont porteurs de risques sanitaires (moustiques et chikungunya ou zika) ou d’épidémies. Le changement climatique, par sa potentielle redistribution des facteurs pathogènes et par l’extension spatiale des épidémies qu’il pourrait favoriser, est souvent invoqué comme facteur aggravant.

 

Drapeau sud africainGÉOTHÉMA 5 : LE PAYS INVITÉ : L’AFRIQUE DU SUD

Le FIG 2017 met à l’honneur la Nation «arc-enciel», la République d’Afrique du Sud, qui aiguise depuis plusieurs années l’intérêt des géographes. La démocratisation engagée dans les années 1990 a conduit à sortir l’Afrique du Sud de son isolement politique sur la scène internationale. Inséré dans les flux multiples qui caractérisent la mondialisation, le pays a intégré en 2010 le «club des pays émergents» (BRICS). Portée notamment par une économie diversifiée, des infrastructures de transport de qualité et de grandes firmes multinationales, la croissance économique sud-africaine en fait un pôle majeur de l’économie régionale. L’émergence de l’Afrique du Sud, sera donc au coeur de plusieurs conférences.

Les inégalités, héritées notamment de l’apartheid, structurent toutefois fortement la société sud-africaine. Cette question de l’apartheid, réalité prégnante dans tous les domaines, sera également au coeur des thèmes abordés lors du FIG. Mais l’apartheid est aussi un concept, voire une métaphore riche qui soustend de nombreuses oeuvres de fiction littéraires et cinématographiques.

Enfin, la question de la relation entre les humains et l’animal est également présente en Afrique du Sud. Plus de 3 % de la surface du pays sont couverts par 20 parcs nationaux, dont le plus célèbre, Kruger, a maintenant plus de 90 ans d’existence, tandis que l’équipe nationale de rugby a pour surnom celui de gazelles, les Springboks... Plusieurs conférences se situent ainsi à l’interface du thème et du pays invité.

 

Logo UGILE CNFG ET L’UGI

L’Union Géographique Internationale qui représente la géographie auprès des grands conseils scientifiques mondiaux regroupe 102 comités nationaux et fédère 44 commissions thématiques illustrant la diversité de la géographie.

Logo CNFGEn France, le Comité National Français de Géographie est son relais. Il réunit enseignants, chercheurs, doctorants, géographes de différentes institutions et entreprises, et s’adresse à toutes les personnes intéressées par la géographie. Il est membre du Comité Français des Unions Scientifiques Internationales représentant la France au Conseil International de la Science.

A l’occasion du Festival International de Géographie, le CNFG octroie un prix de thèse pour jeunes chercheurs, participe à des tables rondes, prépare des événements pour le grand public comme la Nuit Européenne de la Géographie ou plus académiques comme le futur congrès du centenaire de l’UGI (Paris 2022).

Pour plus d’informations : www.cnfg.fr

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