Appel à propositions FIG 2018

 

Appel à propositions / 29e Festival International de Géographie 2018

5-6-7 octobre 2018, Saint-Dié-des-Vosges

Thème : La France demain / Région invitée : Scandinavie, Finlande et Islande

Le thème : « La France demain »

Jamais sans doute, la question du territoire, de son organisation, de sa gouvernance et de son aménagement n’a occupé une telle place, en France, dans le débat public. En moins de deux ans, le nombre des régions a été divisée par deux, une vingtaine de métropoles ont été créées, la carte des communautés de communes en zone rurale a été totalement redessinée. La désertification des campagnes et la crise des villes moyennes et des petites villes a été un thème majeur de l’élection présidentielle de 2017. Dans le même temps, plusieurs grands conflits autour de projets d’aménagement ont fait la « une » des médias, de Notre-Dame-des-Landes aux affrontements de l’été 2017 à Bure, dans la Meuse, en passant par le drame de Sivens.

Le regard que notre société porte sur son territoire est évidemment impacté. Dans l’opinion, du côté des gouvernants et des responsables politiques, mais aussi du côté de ceux qui font profession de penser le territoire et ses évolutions. Si l’Etat s’est converti à l’idée que les territoires, au temps de la mondialisation libérale, sont soumis, comme le sont les entreprises, à la concurrence et que la priorité est d’améliorer leur compétitivité, d’autres acteurs, militants écologistes ou altermondialistes, petits élus, plaident pour une autre stratégie et une autre façon de « faire territoire ».

Les géographes ne sont pas en reste. La grille de lecture qui structurait largement leur discours et leurs analyses sur le territoire français depuis l’après-guerre (« Paris et le désert français », la nécessité du rééquilibrage) – même quand il s’agissait de la relativiser ou de la critiquer - laisse la place à une grille en partie différente, qui oppose encore deux types de territoire, mais plus exactement les mêmes : les « métropoles » (et les territoires périurbains qu’elles polarisent) et la « France périphérique », celle des « marges », des territoires ruraux oubliés, voire des « ghettos » de ces mêmes métropoles ; les territoires de l’innovation, de la connectivité, habités par les « insiders », capables de jouer le jeu de la mondialisation et d’en tirer profit, et les territoires laissés pour compte, habités par les perdants de cette mondialisation, les « outsiders ».

La façon dont nous pensons le territoire français évolue également, bien sûr, sous l’effet de la crise écologique et de la reconfiguration des pratiques et des identités territoriales. Fondamentalement, la question qui est posée est de savoir quelle France nous voulons pour demain : avec quels rapports entre urbain et rural, espaces aménagés et espaces protégés, centres des grandes agglomération et banlieues, avec quelles pratiques de mobilité, quelles activités économiques, quel mode de production de notre énergie, quelle organisation territoriale, quel degré d’autonomie pour nos régions, quel équilibre entre Nation française et identités régionales ? Autant de questions profondément politiques, au meilleur sens du terme, que nous devons et pouvons contribuer à éclairer.

Le thème s’adresse donc à un très large éventail : spécialistes de l’aménagement du territoire, de géographie économique, de géographie des transports, de géographie rurale ou de l’agriculture, de géographie urbaine, industrielle, de l’énergie, de l’environnement, ou spécialisés dans des territoires particuliers (littoral, montagne, outre-mer), mais aussi spécialistes de géographie électorale, de géopolitique locale, de géographie culturelle et des représentations ou encore géomaticiens.

Au-delà de la communauté des géographes, le FIG 2018 peut être l’occasion d’un débat fécond avec les enseignants et les chercheurs des autres sciences humaines et sociales - historiens, sociologues, anthropologues et ethnologues, politistes, économistes -, permettant à la géographie d’affirmer son rôle de science carrefour. Mais aussi avec d’autres acteurs, « opérationnels », élus, responsables des services de l’Etat, monde associatif, syndicats et entreprises, en montrant le rôle que notre discipline peut jouer dans les grands débats politiques et sociétaux.

Les communications proposées peuvent s’inscrire dans cinq axes (liste non limitative) :

  • Une France à deux vitesses ?

La révision générale des politiques publiques (RGPP) mise en œuvre par tous les gouvernements depuis 2007 (et rebaptisée « modernisation de l’action publique » en 2012) s’est traduite par un repli sensible de l’appareil local de l’Etat et de nombreuses fermetures de services publics. Les efforts financiers demandés par l’Etat aux collectivités territoriales prolongent cette tendance. S’y ajoutent les effets de la désindustrialisation et de la crise du monde agricole. Le thème de la « désertification » (rurale, médicale) et de la « mort » des territoires (ou plutôt de certains d’entre eux) s’impose comme une nouvelle évidence, alors qu’il mérite d’être interrogé. Avec des effets politiques majeurs, comme la forte progression du vote d’extrême-droite dans les zones rurales, y compris dans des régions qui étaient jusque-là des terres de mission pour le Front national.

Faut-il « oser le désert », ou du moins privilégier le renforcement des métropoles les plus dynamiques, ou au contraire dénoncer et combattre la « fracture territoriale », l’abandon et la marginalisation d’une grande partie du territoire français ? Cette question anime le débat entre géographes et plus largement le débat politique. Dans quelle mesure cette lecture du territoire est-elle justifiée ? Ne néglige-t-elle pas les difficultés de certains espaces métropolitains, la banlieue populaire et les grands ensembles de logements sociaux ? Comment répondre à ces évolutions ?

  • Quelle économie ?

En quarante ans la France a connu une désindustrialisation massive. Ce processus est-il inéluctable ou peut-on inverser la tendance, relocaliser des entreprises industrielles en France, réindustrialiser la France ? Et à quelles conditions ?

La crise du modèle agricole, tout aussi forte, pose la question des nouvelles pratiques agricoles (bio, circuits courts, agriculture de proximité) et de l’avenir, des évolutions, de l’agriculture conventionnelle.

Quelle place, enfin, pour l’économie résidentielle et de services ? Constitue-t-elle l’avenir des territoires ruraux ?

  • Aménager la France ou protéger l’environnement ?

France Nature Environnement a recensé plus d’une centaine de conflits territoriaux autour de projets d’aménagement ou d’enjeux environnementaux. Certains durent depuis des années, portent sur des projets importants (aéroport, LGV) et bénéficient d’une forte couverture médiatique. D’autres concernent des enjeux locaux et sont plus confidentiels, sauf quand le drame s’invite (Sivens). La question de l’aménagement, longtemps consensuelle, est devenue éminemment conflictuelle, l’intérêt général et donc la définition de ce qu’est une « bonne politique d’aménagement » sont désormais une affaire de points de vue, autour de laquelle s’affrontent maîtres d’ouvrages, services de l’Etat, élus locaux, opposants écologistes et riverains.

Comment interpréter ces conflits ? Que nous disent-ils de nos représentations du territoire ? Peut-on imaginer des projets qui ne soient pas conflictuels ? Les mots-clés des politiques d’aménagement du territoire depuis plusieurs décennies (désenclavement, développement, modernisation) sont-ils en train de laisser la place à d’autres représentations (comme celle des « grands travaux inutiles et imposés »), reflétant une refonte complète (et en cours) de nos priorités sociétales et de nos représentations collectives ?

Les modalités des conflits elles-mêmes sont en pleine évolution avec l’apparition, limitée mais significative, de « zones à défendre » (ZAD). Faut-il y voir le signe d’une radicalisation durable de la question environnementale ? Comment continuer, dans ces conditions, à dialoguer, comme le proposent la concertation et l’expérience des débats publics autour des grands projets d’équipements organisés par la CNDP ?

La question se pose avec une acuité particulière, même en l’absence de conflits ouverts, pour certains espaces : le littoral, confronté au double défi de l’anthropisation et de la montée des eaux, ou la montagne, entre exploitation touristique, crise du pastoralisme, retour du loup et baisse de l’enneigement.

  • Quelles nouvelles pratiques de la ville ?

La gentrification des centres des métropoles, la crise persistance des banlieues populaires (même si la France n’a plus connu de flambée de violences comparables à celle de 2005), l’étalement urbain et l’expansion du périurbain, la crise des petites villes et des villes moyennes posent la question de la ville dans la France de demain. Va-t-on vers une évolution des rapports entre centres et périphéries des grandes agglomérations (polycentrisme ou multipolarité ?). Quel avenir pour les banlieues populaires, territoires de la politique de la ville (enracinement des ghettos ou inclusion des populations d’origine immigrée) ? Assiste-t-on à une convergence des modes de vie et de consommation urbains et ruraux ? Faut-il (et comment) densifier la ville ? Faut-il penser les campagnes comme une partie du système urbain et voit-on apparaître de nouvelles formes de ruralité ?

  • Quelle organisation territoriale ?

Menée tambour battant, la réforme territoriale de 2014-2015 est la 4ème depuis la décentralisation fondatrice de 1982-83. Souvent critiquée dans son contenu et ses modalités, elle est en tout cas la preuve que la question de l’organisation territoriale du pays reste ouverte et n’a pas encore trouvée de réponse, sinon définitive, du moins durable.

Faut-il réduire le nombre de couches du millefeuille en supprimant les départements et en faisant des intercommunalités les instances de base de la gouvernance du territoire, aux dépens des communes ? Les nouvelles métropoles, dont le nombre a enflé sous la pression des élus ont-elles les moyens de leurs ambitions ? L’augmentation de la taille des régions est-elle la bonne réponse aux défis que rencontrent les territoires ?

Comment traiter la question des relations entre des territoires complémentaires, villes-centres, agglomérations, périurbains, rural, et entres métropoles et régions ? La question de la carte politico-administrative n’est-elle qu’un leurre, au temps de « l’interterritorialité » ?

On peut imaginer que cet axe interroge aussi la question des appartenances (éventuellement multiples) et des identités territoriales. On peut aussi questionner la pertinence des nouveaux découpages, qu’ils soient régionaux ou métropolitains.

Région invitée : Scandinavie, Finlande et Islande

Si elle ne constitue pas à proprement parler un pays, mais cinq (en n’oubliant pas l’Islande), qui ont chacun leurs spécificités nationales, la Scandinavie forme un ensemble cohérent, à la fois proche et lointain, connu et en même temps relativement méconnu du public français.

La « nordicité » est un premier facteur d’unité avec ses implications environnementales, économiques et culturelles. Le sentiment d’une identité commune est réel. Vus de l’extérieur, les pays scandinaves semblent relever tous les cinq d’un même modèle sociopolitique : des sociétés très prospères, combinant préoccupations environnementales, conception pointilleuse de la démocratie, dynamisme et innovation économique et protection sociale. C’est le fameux « modèle suédois », relayé par la « flexisécurité » à la danoise. Mais la réalité est évidemment plus complexe.

Les communications proposées dans le cadre du pays invité pourront s’inscrire dans trois grandes thématiques qui rendent compte des tensions qui traversent les sociétés scandinaves et les espaces dans lesquels elles s’inscrivent.

  • Les questions environnementales

Les pays scandinaves sont aux premières loges du réchauffement climatique (effets sur les espaces les plus septentrionaux, sur l’exploitation pétrolière et gazière de l’Arctique, sur les ressources halieutiques). Ils y répondent par le développement des énergies renouvelables (éolien), des politiques de mobilité en ville très innovantes, mais aussi, en Suède et en Finlande, par la relance du nucléaire civil (nouveaux réacteurs et sites de stockage souterrain des déchets nucléaires), sans que les opinions de ces deux pays ne s’en émeuvent.

  • Les évolutions politiques internes

Les pays scandinaves ont construit un modèle politique particulier, très influencé par les valeurs de la social-démocratie. Ce modèle connaît une crise spectaculaire avec le recul historique des partis sociaux-démocrates et la montée des mouvements populistes d’extrême-droite, dans certains cas associés au gouvernement, sur fond de rejet de l’immigration et plus récemment de crise des réfugiés. Cette remise en cause atteint son paroxysme en Islande, dans un contexte et avec un contenu spécifiques (fortes manifestations à la suite de crise financière de 2008 et de plusieurs scandales de corruption, élection d‘une constituante, cinq élections législatives en dix ans et en 2017 le succès de l’alliance gauche-verts). Quels sont les ressorts de cette crise du modèle scandinave ? Que nous dit-elle de la recomposition du paysage politique et de la crise du politique dans l’ensemble de l’Europe ?

  • Le positionnement géopolitique 

Les cinq pays sont confrontés au même problème : la proximité et la coexistence avec de très grandes puissances, l’URSS puis la Russie à l’Est (Finlande, Suède, Norvège, Danemark) et les Etats-Unis à l’Ouest (Islande) auquel, historiquement, ils ont apporté des réponses différentes : finlandisation, neutralité armée, adhésion à l’OTAN, appartenance pour trois d’entre eux à l’Union européenne, quand deux autres choisissaient de rester en dehors.

Comment ces choix stratégiques ont-ils évolué sous l’effet du contexte régional, notamment face à la stratégie de reconstruction d’une Russie grande puissance par Vladimir Poutine ? On peut également s’interroger sur le rôle international joué par les pays scandinaves dans la défense de la paix et des droits de l’Homme, dans la lutte contre le changement climatique ou, au niveau régional, vis-à-vis des pays baltes, sur l’évolution de la question de la neutralité en Suède et en Finlande, sur l’émergence de la représentation d’un espace baltique (avec la Pologne et l’Allemagne).

Le directeur scientifique du FIG 2018, Philippe SUBRA (université Paris-VIII-IFG)

 

 

Les propositions devront veiller à respecter l’esprit du FIG en proposant des communications avant tout à destination du grand public (en particulier le public régional non géographe), mais aussi des enseignants d’histoire géographie du secondaire, des étudiants en géographie, etc. L’objectif premier de vulgarisation scientifique est assorti d’une exigence de qualité scientifique.

Le titre et un résumé de 5 lignes, complétés par un texte d’une page devront être soumis exclusivement via le formulaire normalisé téléchargeable 

Téléchargez le formulaire d'appel à propositions

Les propositions devront être envoyées au plus tard pour le 22 JANVIER 2018. Elles devront uniquement être envoyées à Joëlle Lattemann, assistante scientifique du FIG :

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Vous serez informé(e) par mail si votre proposition a été retenue ou non au plus tard le 1er Mars 2018

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